Je ne pensais pas reparler si rapidement des enjeux de la programmation, mais les actualités m’y contraignent. C’est avec une certaine stupeur que j’ai pris connaissance, par l’article du Monde, de l’interdiction du ministère des affaires étrangères, de produire des artistes maliens, nigériens et burkinabais sur les scènes culturelles subventionnées. Doit-on rappeler que la culture, par sa liberté de créer mais aussi par le biais de ses collaborations sans frontières, est un espace de liberté, de revendication, de réparation ? L’entrave à la culture est une entrave à la démocratie. Les dictatures les plus sévères sont d’ailleurs les plus restrictives sur le plan des programmations culturelles. Emin Alper rappelait que la question de l’art et de la culture comme défenseurs de nos libertés, semble futile dans les pays libres et développés, mais devient centrale dans des pays comme le sien.
Sanctionner des artistes, en les empêchant, par le biais de leur création, de s’accomplir, de partager, de communiquer, est un symbole très lourd. Si la presse a traité de ce sujet par de courts encarts dans les journaux, cela semble sous-estimer les enjeux. La culture est colorée de messages politiques plus ou moins affirmés. Cependant, quels sens ont-ils si des artistes ne peuvent plus contribuer à la diversification de points de vue pour des raisons de politique internationale ? Interdire les artistes du Mali, du Burkina et du Niger, n’est-ce pas empêcher d’entendre la diversité des discours des habitants de ces pays ? N’est-ce pas les faire taire ?
Quelle mobilisation ? Quelles solutions ? Quelle médiatisation ? En quoi l’éthique peut-elle aider dans des combats politiques ? Peut-être, dans un premier temps, en créant des espaces de discussion et de réflexion qui outrepassent les faits et s’intéressent aux symboles. Dans un second temps, en mobilisant une diversité de citoyens (artistes, avocats, défenseurs des droits, spectateurs, syndicats, autres) contre cette position gouvernementale. La défense de la culture, dans sa diversité, c’est la défense des droits de tous, c’est la défense de la démocratie.