Cette semaine, deux initiatives ont retenu mon attention, complétant l’article sur l’accessibilité.
La compagnie Mulhousienne Kalisto propose un festival de micro-théâtre, pour la 7ème année consécutive. Le concept est simple : 15 compagnies donnent 15 spectacles de 15 minutes dans 15m2. Si au départ, le concept nait d’une contrainte (pénurie de lieux pour jouer), il prend en considération plusieurs facteurs d’accessibilité : le bas tarif (3€), le fait de jouer dans des lieux publics connus de tous ou plus insolites (élude la notion de légitimité), la proximité des habitants (limite les problématiques de transports), le court temps de représentation (facile à caser dans un agenda, non engageant) … De plus, le caractère « intime » du format avec un public très restreint peut encourager les spectateurs peu friands des bains de foule ou des salles pleines. Enfin, afin de sortir de la pensée du monde culturel, les habitants sont invités à réfléchir au thème du festival. Cette année, le projet autour du thème « refaire le monde » e été décliné par les riverains en « Garder la rage pendant l’orage ». Ici, « ce n’est pas l’artiste qui impose sa vision du monde au public mais les habitants qui imposent leur vision à l’artiste ». Lors de mon article précédent sur l’accessibilité, je citais également Renaud Cojo, qui, sur la même idée, part à la rencontre des habitants des quartiers afin de créer son spectacle 3300 tours. Il espère ainsi diversifier les publics mais également, faire partager des émotions, entre générations, en lien avec des disques marquants dans la vie des participants en rendant poreuses les frontières entre comédiens et citoyens.
Dans un tout autre registre, David Azria, avec son spectacle « paye pour voir » ose un concept innovant : à l’image des 15% gratuits des articles en ligne, il propose un spectacle d’humour où les 15 premières minutes sont gratuites. A leur issue, le spectateur part ou décide de payer pour voir la suite. Le concept, aux allures très markéting, à tout de même l’audace de séduire des spectateurs hésitants, provocateurs ou curieux. Nous sommes ici en présence d’un public averti qui, malgré son statut de spectateur, est acteur du spectacle. De plus, ce concept élude le dilemme de vouloir quitter une salle très tôt sans déranger le spectacle… La qualité du spectacle peut être évaluée avant de décider d’investir. Comme toute création, l’idée n’est certainement pas de généraliser de telles pratiques (sans quoi, le film « Yannick » de Quentin Dupieux, n’aurait jamais vu le jour). En revanche, les spectacles d’humour touchent un public plus diversifié que le théâtre contemporain. Certaines « accroches » peuvent servir de base de réflexion pour d’autres types de représentations. A quand l’opéra aux 15 premières minutes gratuites ?